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Conte : L'enfant qui détestait l'hiver

20 février 2021

Conte : L'enfant qui détestait l'hiver

Contrairement à tous ses camarades de classe, Sam n’avait pas hâte à la semaine de relâche. En fait, c’était la période de l’année que l’enfant redoutait le plus. Chaque année, ses parents prévoyaient des tonnes d’activités extérieures et forçaient Sam et sa sœur à rester dehors pendant des heures. « Viens respirer l’air frais! », lui rappelait sans cesse sa mère. « C’est important de bouger. », le sermonnait inlassablement son père. Peut-être vous demandez-vous pourquoi Sam anticipait autant ce qui semble pourtant si amusant? Eh bien! La réponse est sincère: Sam détestait l’hiver.

Le froid qui lui mord les joues, la neige qui lui gèle les genoux : tout de l’hiver rendait cet enfant fou! 

À la deuxième journée du congé scolaire, la mère de Sam l’appela à la cuisine : « De la farine et du lait, il en manque. Pourrais-tu sortir en chercher, s’il te plaît ?» Au mois de juin, Sam aurait trépidé d’excitation juste à l’idée d’obtenir cette liberté. Aujourd’hui, par ce froid glacial, l’enfant aurait préféré habiter un endroit un peu plus tropical. 

Enfilant tuque, mitaines et foulard, Sam partit donc, à contrecœur,  chercher les denrées demandées. L’enfant emprunta le chemin du boisé, celui qui lui permettrait de retrouver promptement la chaleur de la maisonnée.

Tout à coup, à mi-chemin, entre deux grands arbres dégarnis et aussi rapidement que l’on peut crier Salami, le boisée se retrouva envahi d’un blizzard inusité. Sam, qui connaissait pourtant ce boisé aussi bien que sa main, dut s’arrêter, car l’enfant était complètement désorienté. 

Aveuglé par la neige qui lui fouettait le visage, il ferma les yeux et attendit, bien sage, que la tempête se décourage. Après ce qui lui sembla être une éternité, sans crier gare, ni train, le blizzard prit fin.

Sam attendit 1, 2, 3 secondes avant d’ouvrir les yeux. Si le blizzard avait semé un peu d’inquiétude chez l’enfant, c’est de la surprise qu’il ressentit pourtant en se redressant, car là où, il y a quelques instants, se trouvait un boisé effeuillé, une forêt de sapins avait émergé. Dans cet endroit mystérieux, les conifères étaient si grands et majestueux qu’il était évident pour Sam que le blizzard l’avait téléporté dans un autre monde fabuleux. Bien que l’enfant fût quelque peu dérouté par cette soudaine nouveauté, il décida que marcher serait mieux pour ses pieds gelés que de rester cloué sur le tapis enneigé. 

Au bout de quelques minutes interminables, Sam aperçut, à une distance raisonnable, un personnage à l’aspect abracadabrant qui semblait l’inviter à approcher. Surmontant ses craintes, l’enfant décida d’avancer. 

« Salut, Sam! Moi c’est Super-Cool, je suis contente que tu arrives enfin. Regarde comme mes bottes sont géniales. Wow, j’adore ta tuque! Tu as vu mes mitaines, je viens de les fabriquer, comment les trouves-tu? », lui lança dans un souffle et en guise de bienvenue, l’étrange individu. 

« Euhh… », lui répondit Sam que la confusion, autant que le froid, semblait paralyser. Dans sa tête se bousculaient tant de questions! Comment ce personnage pouvait-il connaître son nom? Son arrivée devait être prévue, pourquoi l'attendait-il, sinon? Super-Cool, quel drôle de surnom, que faisait-il ici, au milieu de cette fascination?

Rassemblant ses idées, Sam prit la résolution de lui poser toutes ses interrogations: 

« Bonjour, comment savez-vous mon nom? Où suis-je? Que faites-vous ici? Savez-vous comment je peux rentrer chez moi, j’ai froid.»

« Bienvenue dans la forêt enchantée, Sam!, dit Super-Cool. L’endroit où tous ceux qui détestent l’hiver sont invités afin d’apprendre à l’apprécier! Je suis ici pour t’indiquer le chemin vers la liberté! N’est-ce pas génial? Tiens, prends cette trottinette des neiges et suis les flèches, elles te mèneront vers ta destination finale. Mon seul conseil est le suivant: profite de chaque instant! »

Sans plus attendre, Super-Cool fit apparaître une trottinette des neiges que le personnage donna à Sam, sans tambour ni trompette. L’enfant observa attentivement l’engin et s’apprêtait à remercier le personnage lorsqu’il remarqua que ce dernier s’était volatilisé. 

Perplexe, Sam regarda autour de lui et remarqua juste alors les flèches. « Ce n’est pas si complexe », se dit-il. Il sauta donc sur la trottinette et commença son périple. 

Très rapidement, l’enfant réalisa 2 choses, la première était que son nez était glacé et la deuxième était qu’il est aisé de glisser sur les pentes enneigées. Prenant plaisir à cette promenade, Sam se laissa guider par les indications illustrées. 

Apercevant au loin un feu, il décida de s’approcher, poussé par la curiosité. À peine l’enfant eut-il le temps d’arriver, qu’un autre personnage fît son entrée. 

« Je suis conteur!, affirma-t-il, écoute mon histoire, je te le jure, je suis le meilleur! Tu t’en réjouiras, crois-moi! » 

Bien que Sam avait hâte de rentrer, il était très attiré par toute cette nouveauté. C’est donc tout ouïe que, près du feu, il s’assit. Hypnotisé par l’ardeur du conteur, Sam ne remarquait même plus le froid de l’endroit. Ainsi, à la fin du récit, c’est ragaillardi et sur sa trottinette que son chemin il reprit. 

Absorbé dans ses pensées, Sam n’avait pas remarqué qu’un autre personnage avait fait son entrée dans la forêt enchantée. C’est un cri qu’il lança quand Super-ski lui dit : « Halte-là, Diet’a! » Surpris, l’enfant faillit tomber sur le parterre gelé. S’approchant de lui, Super-Ski, en riant lui dit : « Diet’a, ne sois pas si médusé, je ne suis là que pour t’aider! »

« Comment m’avez-vous appelé? », demanda Sam, étonné. « Diet’a? C’est le mot qu’on emploie pour nommer les enfants, dans mon pays, la Slovaquie! Que dirais-tu de m’accompagner sur l’autoroute du blizzard? Je te raconterai toute l’étendue de mon art! » C’est ainsi, donc, que Sam suivit Super-ski et apprit l’existence de la Sibérie, du Yéti et d’une foule d’épatants récits. Drôle et attachante, cette personnalité éclatante rendait assurément cette aventure de plus en plus charmante!

Subitement, Super-Ski s’arrêta: « C’est ici, mais sans moi, que se poursuit ta quête. Traverse ce tunnel et vois ce que le sort te réserve! » Yeux écarquillés, un peu intimidé, mais bien déterminé, Sam s’engagea, coûte que coûte, dans cette voûte. C’est sous un ciel constellé d’étoiles que Sam fut accueilli. 

Ébloui par tant de beauté, l’enfant n’avait pas remarqué qu’un nouveau personnage chapeauté était en train de le regarder. S’approchant tranquillement, il dut toutefois s’arrêter subitement : l’homme qui se tenait devant était blanc, tout blanc. C’était un fantôme. Sam ne pouvait y croire. Apeuré, il fut tenté de reculer, mais le fantôme s’empressa de le rassurer : « Oh, Sam, aidez-moi, je vous le réclame! Je ne sais point qui je suis, j’ai besoin d’un ami! Aidez-moi à retrouver mon nom, qui le fera, sinon? » Ému par la sincérité de ces paroles, l’enfant l’accompagna et l’aida. Éparpillés par-ci et par-là étaient les mots qui forment son nom. Au bout d’un moment, à force d’attention et de détermination, le fantôme avait retrouvé sa dénomination. Théodore Bochart du Plessis, qui avait retrouvé sa mémoire et son identité, confia à Sam qu’il était très impressionné par ses qualités. « Courage, patience et ténacité, crois-moi, tu en es doté! Tu es à mi-chemin, continue d’avancer! » Flatté par ces paroles et encouragé par cette nouvelle, l’enfant emprunta un nouveau sentier.

Au bout d’un moment, Sam se rendit compte que depuis le début de cette aventure, il n’avait souffert d’aucune engelure. Pourtant, le froid était bien réel, tout comme les traces de gel. Peut-être, se dit l’enfant, qu’en s’occupant l’esprit, on ne ressent rien de tel? 

Sam mijota cette idée en s’arrêtant quelques minutes dans une tente pour se désaltérer. Il était sur le point de tirer des conclusions quand il fut interrompu par une intrusion. Deux personnages farfelus, dont l’un d’eux s’appelait Colonel Calcium, le prièrent de s’activer et de venir bouger avec eux. Après une séance de danse revigorante et un défi à obstacles lancé et relevé, Sam débordait non seulement d’énergie, mais aussi de chaleur! Comme il faisait chaud sous ses habits! C’était la première fois qu’il n’était pas transi après un événement au grand air. « Ainsi, bouger aide à se réchauffer, voilà encore matière à réflexion. », pensa l’enfant. 

C’est la tête déjà remplie d’anecdotes, que Sam arriva devant le Capitaine Carpette et une gigantesque glissade: « Sam, vois-tu cette étoile plus bas? C’est par là que tu pourras rentrer chez toi. Mais attention, pour y arriver, tu devras franchir le mur du son. Supersonique devra être ta vitesse, sinon, grande sera ta tristesse. » 

Pour être honnête, Sam sentait l’inquiétude le gagner, et s’il ne pouvait jamais rentrer? Voyant son désarroi, le Capitaine Carpette rajouta : « Chante avec moi, cela t’aidera! »

Ensemble ils chantèrent donc: 

Sur les fesses, pas sur la face,
Sur la neige, pas sur la glace,
Faut freiner en bas de la côte,
Pour ne pas s’briser une côte !

Se répétant ce mantra, Sam s’installa. Sa confiance, bien que ténue, était maintenant revenue. Au compte de trois, l’enfant se lança. La sensation qu’il éprouva l’exalta! La vitesse le força à fermer les yeux, mais augmenté, alors, était le plaisir du jeu. Pris d’un fou rire incontrôlable, il ne se rendit pas tout de suite compte que terminée était la glissade. 

Au bout d’un moment, essoufflé d’avoir tant ri, Sam comprit: il était revenu chez lui, dans ce boisée si familier. Dans la neige, à ses pieds, une œuvre, fut-il surpris de trouver. Ses amis de la forêt enchantée lui avaient offert une illustration afin qu’il se souvienne de son évolution. 

Décidément, il en ressentit énormément de plaisir. En effet, comme les désagréments de l’hiver avaient su s’amoindrir! 

Il s’apprêtait à retourner raconter son aventure à la maison, quand il se rappela la raison de la commission. De la farine et du lait, un peu plus et il les oubliait!

En ouvrant la porte de la maison, les parents de Sam démontrèrent, à l’unisson, une grande stupéfaction : un changement s’était opéré, leur enfant semblait transformé. Intrigués par cette soudaine métamorphose, ils laissèrent leur enfant leur raconter son odyssée. 

Ainsi enveloppé par le regard attendri de ses parents, réchauffé par la boisson chaude et les pâtisseries qu’on lui avait remises, c’est son nouvel amour pour le froid que Sam leur partagea!

 

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